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Un texte de José Dupré : Guerne le veilleur

http://www.armelguerne.eu/book/export/html/76

«S’échappant de Paris après deux jours nauséeux, il parle de la “marée” – que l’on dira hétérogène par euphémisme – dans le métro du matin. Se souvenant de la “cinquième colonne” qui préparait, dès 1936, l’affaissement de la France pour 1940, il rappelle qu’une “cinquième colonne” plus durable est à l’action, depuis beaucoup plus longtemps, à travers certaines diasporas. Écrit dans les années 1970, ceci est véritablement prophétique lorsque l’on vit, ou plutôt que l’on meurt, le sinistre XXIème siècle d’une Europe suicidaire….

 Guerne pense que nous vivons, en effet, des temps d’apocalypse, c’est à dire de “révélation par les signes” – à ceux qui veulent voir et entendre – des catastrophes à venir que les hommes préparent. Mais, depuis des millénaires, peu de nations n’ont pas vécu, presque en permanence, des temps d’apocalypse….

L’énumération serait sans fin, jusqu’à notre époque où la France connut, de 1940 à 1944, quatre années d’occupation par des soldats allemands que la population surnommait “les doryphores”, du nom de ces insectes ravageurs des jardins, et qui rappellent, en effet, les sauterelles de “L’Apocalypse”. Mais enfin, ces soldats portaient un uniforme et annonçaient clairement leurs intentions, ce qui permit à l’Occident de les renvoyer dans leurs foyers au bout de quatre ans. Guerne connaissait tout cela, il avait payé pour. Mais les fléaux qui s’abattent sur une Europe hébétée, depuis plus d’un quart de siècle, le font sans uniforme sous des faces goyesques, dans les mensonges d’une grossière guerre psychologique, préparée par l’abrutissement médiatique de nations trahies. Tout cela, depuis le parasitisme des cultureux “verdâtres”, jusqu’à la débilité inoculée à un peuple raffolant de ce qui le ronge, Armel Guerne le ressent avec son infaillible sensibilité de poète, et l’exprime dans une désolation dramatique par ses lettres, aussi bien à Cioran qu’à Jean-Nesmy. Mais “le jardinier colérique” vivait déjà, par lui-même, l’une des paroles écrites par Cioran : «…l’homme, c’est ce qui surmonte…», et ce n’était pas en vain qu’il en appelait au “Verbe nu”. Dans une lettre au même, du 31 mai 1965, Guerne écrit : « La foi, qui n’est pas un système à quoi l’on accède ou adhère, n’a sans doute rien à voir avec le christianisme, lequel devrait n’avoir affaire qu’avec elle, s’il était aussi chrétien qu’il le croit…». Déjà dans sa lettre du 6 décembre 1964, il exprime son regard sur les papes du spectacle, successeurs des pontifes néroniens du Xème siècle : « Notre Saint-Père Boeing Ier, le pape à réaction, mérite nos félicitations également. Je regrette seulement qu’il n’ait pas été assez réaliste pour aller jusqu’au bout et jouer le Saint-Esprit parachutiste, puisqu’il est déjà praticien du Saint-Siège éjectable. Pastor evangelicus, l’antépénultième. »

Alfred Hitchcock : shadow of a doubt (1943)

Sans doute l’un des Hitchcock les plus inquiétants et Joseph Cotten, deux ans après « Citizen Kane » y est pour quelque chose, dans ce rôle d’assassin « métaphysique » qui assassine de riches veuves par haine des femmes : certains hommes sont ainsi parce qu’ils en restent à cette idée d’un monde créé par « Dieu », un monde qui devrait donc être parfaitement juste et ne pas comporter ce qu’ils pensent être une injustice en faveur des femmes, qui se bornent à attendre que l’homme fasse sa cour et peuvent alors le juger et le disqualifier dans son être même: ils s’estiment alors en droit de réparer cette « injustice » en vivant des femmes (proxénétisme, assassins à la Landru), ils ne comprennent pas que cette « injustice » du plan vital n’en est pas une, que le monde est tout simplement comme ça (ce qui donne la valeur est ailleurs que dans le plan vital, hors du monde, sur le plan spirituel) et qu’ils pourraient, hommes comme femmes, saisir cette occasion de s’améliorer moralement et spirituellement en privilégiant l’union d’esprit à esprit par rapport à la pure et simple fornication, qui de surcroît pour ce genre d’hommes ne vise même pas le plaisir , mais l’agrandissement du « tableau de chasse »! D’ailleurs je suspecte fortement que l’attrait de l’islam chez certains hommes européens s’explique par un ressentiment fondamental de cet ordre là envers les femmes…

Grothendieck disait quelque chose sur ce thème, il me semble que c’était vers 1970, la période « morale »où il a tout plaqué pour ne pas travailler sur crédits militaires.. Il disait que désormais il ne voulait plus avoir d’aventures avec une femme sans la connaîtrez ans son être le plus profond. Apres tout peut être renouait il ainsi avec l’intuition fondamentale de la langue hébraïque, biblique, ou le même verbe (ידע) signifie  « connaître » et  » avoir un rapport sexuel avec ».. Preuve que la mathématique, loin « d’épaissir le cuir » comme il le disait sous forme de boutade, amélioré moralement et spirituellement…

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Ombre_d%27un_doute

Le film (est non pas seulement le traiter) est visible ici en anglais non sous titré:

Le personnage de cette adolescente, jouée par Teresa Wright, fascinée par son oncle parce qu’elle sent qu’il est, comme elle, profondément différent (en lutte contre le plan vital dont l’universalisme se résume au sexe et à la génération, mais en lutte de la mauvaise façon, par le meurtre et la violence qui est justement le propre du plan vital). C’est à dire que, par ces ombres de soupçon, elle commence à comprendre que tenter de s’élever au dessus du plan vital, c’est à dire au dessus de l’humanité commune, n’est pas sans dangers terribles …

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/a-propos-de-ce-blog-plan-vital-et-plan-spirituel-dans-leur-dualite-qui-est-louvert/
Voici d’ailleurs ce que dit Hitchcock du terrible personnage de Joseph Cotten : Charlie Oakley (nom commun à l’oncle assassin et à sa nièce qui sera à l’origine de sa mort à la fin):

« C’est un assassin idéaliste. Il fait partie de ces tueurs qui sentent en eux une mission de destruction. Peut-être les veuves méritaient-elles ce qui leur est arrivé, mais ça n’était pas son boulot de le faire. Un jugement moral est porté dans le film, n’est-ce pas, puisque Cotten est détruit à la fin, même accidentellement, par sa nièce ? Cela revient à dire que tous les méchants ne sont pas noirs et que tous les héros ne sont pas blancs. Il y a des gris partout. L’oncle Charlie aimait beaucoup sa nièce mais toutefois pas autant qu’elle l’aimait. Mais elle a dû le détruire car n’oublions pas qu’Oscar Wilde a dit : « On tue ce que l’on aime. » » »

Cette « mission de destruction » cela consiste à détruire le plan vital des générations humaine successives, et c’est bien proche de la mission que s’arroge Satan dans le Faust :

« Je suis celui qui toujours nie « 


Je ne crois pas qu’Hitchcock dit juste au sujet de l’oncle et de la nièce, qui ont le même prénom Charlie: le « gris » dont il parle (mélange du Bien et du Mal , du spirituel et du vital) a beaucoup à voir avec Freud mais fort peu avec la Science et le véritable idéalisme: au fond Hitchcock n’était qu’un  cinéaste (génial certes) bourgeois et au service du Système-Gestell (Hollywood, le « matérialisme démocratique ») , cela se vérifie dans « North  by Northwest » , film techniquement génial, surtout grâce à la musique de Bernard Herrmann, comme « Psycho »:

https://youtu.be/wKVjVrk3iL4


Il ne peut pas y avoir de « gris » (de compromission) entre plan vital et plan spirituel, et Hitchcock, en  confondant le ressentiment de l’assassin envers les femmes (ressentiment qu’Hitchcock partageait me semble t’il) avec un « jugement moral » (de mon temps, on ne donnait pas de leçons de morale par strangulation, ou alors à « C’est mon choix ») montre qu’il ne comprend rien à l’enjeu métaphysique du film, tout en s’en doutant (ce film n’était pas son préféré pour rien)