Philippe Jaccottet: l’obscurité

« Ah ! c’est le silence, plutôt, qui devrait suivre… »

Ainsi débutait, il me semble, la postface de Max-Pol Fouchet au roman de Malcolm Lowry : « Au dessous du volcan« , la « divine comédie ivre » que j’avais lue dès mes années de jeunesse…

mais de quel silence parle t’on ? du Silence divin qui, d’après le prologue fabuleux des « Irresponsables » d’Herman Broch, précède et suit la création, et que le Temps, porté à tire d’ailes par les hiérarchies angéliques, sépare pour ramener à lui même ?

procession et conversion; « en ma fin mon commencement »…εν το παν

mais ce Silence est à jamais transcendant, hors de portée du silence de la mort, du silence qui est la mort, qui commence généralement de nombreuses années avant la mort « physique », et qui consiste tout entier à renoncer à « parler » humainement, à parler pour dire autre chose que n’importe quoi, bref à renoncer à vivre humainement, à  se fermer au Silence du Verbe, le Verbe qui est dans le Principe auprès de Dieu, qui est Dieu :

If the lost word is lost, if the spent word is spent
If the unheard, unspoken
Word is unspoken, unheard;
Still is the unspoken word, the Word unheard,
The Word without a word, the Word within
The world and for the world;
And the light shone in darkness and
Against the Word the unstilled world still whirled
About the centre of the silent Word.

(Ash Wednesday, T S Eliot)

http://www.poetry-online.org/eliot_sweeney_ash_wednesday.htm

http://escholarship.usyd.edu.au/journals/index.php/SSR/article/viewFile/202/181

Oh dark dark dark they all go into the dark

Lord I am not worthy

but speak the word only

mercredi des Cendres

In Principio erat Verbum 

Dómine, non sum dignus (\), ut intres sub tectum meum (\) (-) : Sed tantum dic verbo (\), et sabitur ánima mea

Ce silence de la mort , de la deuxième mort, c’est ce à quoi aboutit le malheureux consul de « Under the volcano », qui personnifie évidemment Lowry lui même; et c’est le Consul lui même qui nous dit dans le roman les raisons de cette contre-initiation et de cette divine comédie ivre, inversée, satanique.

Non content de boire tout le whisky et le mescal du Mexique, ou à peu près, il a aussi « absorbé » la Kabbale et les écrits mystiques à haute dose, trop forte dose…tout cela pour constater, avant son suicide (là, je parle de Lowry lui même) : « avoir étudié tout cela, et s’apercevoir que l’on n’a pas progressé d’un pouce » !

Eh oui ! l’étude, les livres, tout cela est absolument nécessaire, ce n’est pas moi qui vais dire le contraire ici; mais cela ne mène à rien, sinon au silence de la mort, si cela ne débouche pas sur l’Amour : « aime ton prochain comme toi même et Dieu par dessus tout ».

Hear us O Lord from Heaven Thy dwelling place

http://home.istar.ca/~stewart/volcano.htm

or, en fait d’Amour, le malheureux consul en reste au pauvre amour humain, celui de son ex-épouse, Yvonne : couple infernal, comme il y en a tant, comme ils le sont tous peut être ? deux êtres acharnés à se fondre, à fusionner, à se détruire donc, ne pouvant ni se séparer, ni continuer à vivre ensemble.

« No se puede vivir sin amar »  : certes, mais de quel amour parle t’on ? car si c’est de l’amour sexuel, alors il faut dire plutôt : « on ne peut pas vivre AVEC cet amour »

Deux moitiés d’un androgyne angélique ? Balzac dans « Séraphita » avait déjà repris ce mythe platonicien et kabbalistique. Mais le couple de Balzac termine le livre par une ferme intention :

« Nous voulons aller à Dieu« .

Ils ne disent pas :  » on va fumer des joints, et puis on va s’éclater en niquant comme des bêtes dans un 69 de tous les diables »…

ils ne sont pas encore assez modernes, assez islamisés et boboïsés: ils sont chrétiens !

Ah bien sûr ! peut être serait ce le cas si Polanski avait tourné  un film d’après « Seraphita » , ou bien son grand ami Bernard henri Lévy, mais je doute que ce dernier essaye de revenir au cinéma avant longtemps, après le bide retentissant qu’il a connu quand il a mis sa femme entièrement nue dans les bras d’Alain Delon il y a une dizaine d’années, je ne me souviens même plus du titre de cet épisode de boboland, et cela vaut mieux d’ailleurs…

Et la montée, ici, n’est pas égale à la descente. L’univers humain est orienté, avec le monde spirituel des hiérarchies célestes  comme « haut », et le monde charnel et pulsionnel-sentimental (celui du sexe, et accessoirement des bouteilles d’alcool vides jonchant le plancher de la chambre vacante) comme « bas ».

Inferno.

La supériorité de Balzac sur Lowry, c’est que la « Comédie humaine » c’est la « Divine comédie » pour notre temps de déréliction et de terreur : un Livre, ayant laissé loin derrière lui le « monde », et qui en révèle toutes les facettes : démoniaques certes (là où Lowry reste comme en exil), mais aussi céleste (Séraphita, Louis Lambert, etc..). La comédie humaine n’est pas une divine comédie ivre…elle est à la divine comédie du Dante ce que l’Evangile est à la Torah.

Et la supériorité éclatante et indéniable de la sagesse évangélique sur la mystique « ésotérique » kabbalistique ou soufistique dont Lowry était si friand, pour son malheur,  c’est de renoncer aux mythes gnostiques ou autres, invérifiables en tout cas,  sur l’androgyne primordial et de montrer à tous ce qui doit être fait pour aller à Dieu (mais n’est pas suffisant, bien sûr), car l’initiation chrétienne, la seule initiation qui vaille de nos jours, c’est l’initiation de toute l’humanité (comme le notait d’ailleurs Sartre, plus chrétien qu’il ne le savait lui même, quand il disait ne pouvoir être libre tant qu’un seul être humain était esclave) :

le mieux est de vivre comme les « anges », dans la chasteté absolue, mais pour ceux qui ne le peuvent pas, mieux vaut une seule femme que plusieurs, mieux vaut donc la pureté chrétienne que l’immonde fornication islamique, qui de plus se donne des airs de « pudeur » et d’honneur avec sa saleté de voile imposé aux femmes…

Je le vois aujourd’hui aussi clairement que 2 + 2 = 4 ! comme j’ai été stupide de jeter ma jeunesse à l’ordure et à la poubelle  d’une vie sexuelle déréglée!

seulement 2 + 2 = 4 je n’ai aucune difficulté à le mettre en pratique dans la vie quotidienne, sinon il y a longtemps que ma jolie boulangère aux beaux seins m’aurait mis sur la paille en me rendant chaque matin 1 euro au lieu de 5…car si 2 + 2 ne font pas 4, il doit être possible de démontrer n’importe quoi, que 1 = 5 par exemple…

tandis que la sagesse évangélique …

« L’obscurité » de Philippe Jaccottet, c’est « Under the volcano » moins la kabbale et la gnose, moins l’alcool, moins le Mexique, plus la poésie, plus la philosophie …

ce n’est pas un roman, plutôt un petit récit de 170 pages, datant de 1961.

L’intrigue est si simple, si limpide (mais le simple, c’est là le difficile) : après un voyage de plusieurs années à l’étranger, un homme revient dans son pays et cherche à revoir celui qu’il appelle son « Maître », le poète, le philosophe, l’écrivain, l’artiste qui a fait de lui ce qu’il est en lui enseignant, tel un nouveau Socrate, comment il faut vivre dans le monde moderne où il est impossible de vivre…

Il demande des renseignements à tous ceux qui l’ont connu, et tous lui font la même réponse : personne ne sait ce qu’il est devenu. L’hypothèse généralement formulée, et que le disciple croit juste à ce moment, est que le Maître a quitté le monde pour parfaire son parcours spirituel dans le silence du recueillement , de la méditation et de la prière, sans doute dans quelque monastère.

Le Maître était marié, à une femme merveilleuse, dont il avait eu un enfant, ils vivaient tous trois heureux loin de la ville, loin de la gloire médiatique qui importunait le Maître mais sans aucun souci matériel ;

en désespoir de cause donc, le « disciple » essaye de retrouver cette femme, il y réussit, demande une entrevue, et c’est alors qu’elle lui apprend que son mari aimé, le Maître, a subi une chute dans le désespoir d’une brutalité inimaginable, qu’il est parti du jour au lendemain, laissant à sa femme et à son fils toutes les ressources financières dont il disposait pour qu’ils puissent vivre à leur aise, et qu’il est allé habiter, dans une misère à peu près absolue , un taudis de la grande ville où il vit reclus, sans voir personne, attendant la mort.

ayant obtenu de cette femme admirable (et dont on apprendra plus tard que le Maître continue à l’aimer, et que c’est pour la sauver elle et leur fils qu’il est parti ainsi) l’adresse du taudis où vit son  « Maître », le « disciple » écrit à celui ci une missive, où il lui rappelle leur amitié passée et demande à le voir, sans trop d’espoir d’y parvenir.

A son grand étonnement, le Maître accepte de le rencontrer et lui donne rendez vous, un soir…

le « disciple » passera une nuit, du soir au petit matin, dans cette sombre mansarde à écouter l’interminable chuchotement de désespoir absolu de celui qui quelques années auparavant était son « Maître spirituel »; au matin il partira, obéissant à l’injonction de celui qui fut le Maître, mais qui n’est plus qu’une Bête apeurée , de ne plus jamais chercher à le revoir.

La seconde partie du livre est consacrée aux réflexions du « disciple » à propos de ce qui est arrivé, de cette horrible nuit où son « Maître » lui a insufflé son désespoir nihiliste, réflexions qui ont pour but de l’aider à se « reconstruire », car cet épisode équivaut évidemment pour lui à une tragédie presqu’insurmontable, tellement son « Maître » avait d’importance pour sa vie spirituelle.

il y parvient , et arrive à « comprendre » quels étaient (sans doute, mais sans certitude) les signes annonciateurs et les « raisons » de cette chute en enfer de celui qui jouait pour lui le rôle de l’initiateur à la sagesse : Socrate, ou le Christ , de manière équivalente et purement humaine et « laïque » , puisque lui et son maître n’avaient plus aucune foi religieuse.

Pour résumer , ces « raisons » qu’il parvient à élucider sont en gros de deux ordres :

– avant de rencontrer celle qui est devenue sa femme, et du temps où il était encore jeune, le « Maître » était tombé amoureux d’une jeune femme, une danseuse, d’une beauté extrême mais joueuse, espiègle, et qui ne l’aimait pas en retour. il avait accepté de vivre dans l’ombre de cette jeune femme, devenant en quelque sorte son « protecteur », espérant devenir un jour plus, c’est à dire son amant : il y avait renoncé après beaucoup de souffrances, le jour où il avait compris que cette femme ne l’aimait pas et ne l’aimerait jamais

– cet amour déçu sert en fait de « révélateur » (presqu’au sens chimique du terme) à la prise de conscience du temps qui passe sans retour, de la vieillesse qui vient, annonçant le déclin puis la mort :

« tout homme mûr a cotoyé au moins une fois dans sa vie cet abîme »

Le maître décrit ainsi,   au cours de la nuit où il s’explique de sa voix déjà d’outre tombe,  cette découverte « de la vérité », qui est le « vide » , c’est à dire  ce qui terrifie tellement les humains qu’ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter de l’apercevoir : vide de réalité, vide de dieu, néant de tout… l’Ecclésiaste  ne le dit il pas déjà depuis près de 3000 ans : « Vanité des vanités ! tout est vanité et poursuite du vent! »

propos du  Maître, jamais nommé au cours du livre, ni par son nom, ni par son prénom, exactement comme pour le policier toxico et corrompu de « Bad lieutenant », voir :

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-bad_lieutenant-1122769.html

« Vous m’avez connu au bon moment, puisqu’il faut sûrement préférer le mensonge à la vérité, qui est que rien n’est vrai, que rien n’est, hormis le mal de le savoir »

« il est naturel que la jeunesse soit facilement dupée…le premier cheveu gris nous découronne et nous révèle que la mort était en nous..une tristesse infinie envahit les palais divins… »

Il n’est fait aucune mention d’âge, ni de pays ou de ville,  précis, mais l’on peut supposer qu’au moment où il subit cette chute, le Maître, marié sur le tard et père d’un enfant jeune, a disons entre 40 et 50 ans; et l’intrigue se passe évidemment dans un pays d’Europe de l’Ouest où la religion chrétienne a joué dans le passé un grand rôle, et qui a connu les affres de la deuxième guerre mondiale: on peut supposer qu’il s’agit de la France, ou, avec moins de probabilité,  de la Belgique, ou de la Suisse (qui n’a pas ressenti la guerre avec autant de rigueur).

disons la France, donc..bien que Philippe Jaccottet soit suisse :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Jaccottet

mais peu importe son origine, et puis ne sommes nous pas tous des suisses allemands, depuis l’épisode des minarets ?

il s’agit de l’un de nos plus grands poètes contemporains d’expression francophone, et la force , la beauté, la puissance de son génie poétique éclatent plus d’une fois dans ce récit…

J’y consacrerai encore un autre article, voire plusieurs, car il le mérite; c’est un livre qui donne beaucoup à penser, bien plus que n’importe quel traité de philosophie absconse, et dont on verra qu’il est d’une importance cruciale pour la voie spirituelle que nous essayons de dégager ici, poussés nous aussi, tenaillés par le danger du désespoir avant-coureur du vide et du rien, mais pas du « Nada » mystique de Saint Jean de la Croix sans doute…

de  fait, je pourrais en parler encore des années, jusqu’à ma mort : comme tout grand livre, celui ci ouvre des perspectives infinies…

au fond, ce « Livre » auquel doit aboutir selon Mallarmé le monde, qu’est il d’autre qu’une Pensée, que La Pensée Infinie, c’est à dire Dieu ?

Un autre article à suivre donc, mais auparavant, je dois me libérer de l’emprise des spectres qui ont envahi mon âme à la relecture des principaux épisodes du livre, que je viens d’effectuer…

il me faut, de toute nécessité divine ou satanique, citer les phrases, d’une beauté et d’une force indescriptibles,  qui terminent le livre, et qui nous « relèvent » (pour cette fois) de l’enlisement infernal, en nous « montrant » avec certitude que le disciple a triomphé, pour lui même, de la sombre béance donnant sur la nuit et sur la mort ouverte sous ses pas par son Maître déchu…

il me semble que j’avais donné ici, ou sur un autre blog, des passages de « Comment c’est » de Samuel Beckett : eh bien la bonne nouvelle transmise ici par Jaccottet, c’est que nous pouvons échapper à la perspective « destinale » et « historiale » ouverte par Beckett:

« Je n’ai pas cessé de respirer; je ne cesse pas d’entendre quelque chose qui respire en avant de moi, dans la nuit. Je n’en puis dire plus : le véritable amour est un souffle dont on dirait qu’il ne peut pas s’interrompre.

De mon maître, j’ai su que les cendres avaient été dispersées dans une forêt »

Ash wednesday…mercredi des cendres… in my beginning my end…

il me faut aussi évoquer ici l’un des plus grands poèmes de langue (juive) allemande, Todesfuge/Fugue de mort, par Paul Celan :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Celan#Fin_de_la_Fugue_de_la_mort_.2F_Todesfuge

dont voici les vers de la fin :

Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts
wir trinken dich mittags der Tod ist ein Meister aus Deutschland
wir trinken dich abends und morgens wir trinken und trinken
der Tod ist ein Meister aus Deutschland sein Auge ist blau
er trifft dich mit bleierner Kugel er trifft dich genau
ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete
er hetzt seine Rüden auf uns er schenkt uns ein Grab in der Luft
er spielt mit den Schlangen und träumet der Tod ist ein Meister aus Deutschland

dein goldenes Haar Margarete
dein aschenes Haar Sulamith

Traduction :

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
nous te buvons à midi la mort est un maître venu d’Allemagne
nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons
la mort est un maître venu d’Allemagne son œil est bleu
il te touche d’une balle de plomb il te frappe juste
un homme habite dans la maison tes cheveux d’or Marguerite
il lance ses  chiens sur nous il nous offre une tombe dans les airs
il joue avec les serpents et il rêve

 la mort est un maître venu d’Allemagne

tes cheveux d’or Marguerite

tes cheveux de cendre Sulamith

 Seigneur, écoute notre voix mourante et souffrante; pardonne nous, Seigneur, bien que nous n’en soyions pas dignes..

et apprends moi, aide moi à aimer…

la soeur voilée priera t’elle pour ceux qui marchent dans le noir, qui t’ont choisi et te résistent, écartelés entre saison et saison, entre temps et temps, entre silence et silence ?

 parce que je n’espère plus me tourner à nouveau..parce que je n’espère plus..les yeux ne sont pas d’ici, il n’y a pas d’yeux ici, dans cette vallée d’étoiles mourantes..

Si la parole perdue est perdue, pourtant demeure la parole improférée, la Parole inentendue, la Parole sans parole…

La Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue…

Et Dieu dit : prophétise au vent et au vent seul, car seul le vent écoutera :

La Rose unique

dès lors est le Jardin

où tout amour prend fin,

trouve achèvement et perfection.

Puis la Voix de la Dame de merci se fit entendre et me dit de regarder le miroir, mais je ne vis que mon visage de cendres dans le miroir et je tirai , brisant le miroir, et je sombrai dans la nuit et le silence..

London Bridge is falling down, falling down, falling down

le prince d’Aquitaine à la tour abolie

Hieronymo is mad again

****************

e continue donc, comme promis dans l’article précédent, sur le récit de Philippe Jaccottet : « L’obscurité ».

Rappelez vous le petit conte imagé que j’avais inventé ici même, dans les deux articles sur notre situation de naufragés de la civilisation :

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-suave_mari_magno-1121061.html

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-le_second_degre_de_l_echelle_de_jacob___amour_universel-1121364.html

Nous sommes sur le point de nous noyer, après le naufrage du Titanic qu’est la civilisation moderne , alors apparaît un hélicoptère envoyé d’En Haut (« là où l’on peut ce que l’on veut », dit le Dante), ou plutôt toute une noria d’hélicoptères , mais un seul est le bon….il nous envoie une échelle de corde, à nous de saisir notre chance et de grimper un à un les barreaux de l’échelle, en pleine tempête..

une fois parvenus à l’hélicoptère, si du moins nous y parvenons, notre situation sera moins difficile : l’hélicoptère , une fois qu’il aura fait le plein de naufragés (il y aura toujours d’autre hélicoptères pour les malheureux qui restent à l’eau, car la miséricorde du CHRIST-LOGOS est Infinie), il s’élèvera dans ce que nous avons appelé le « monde spirituel » (utilisant un vocable d’inspiration anthroposophique)… mais en attendant, nous sommes dans une situation très périlleuse, grimpant avec peine les barreaux, devant en plus nous hâter car des camarades plus bas attendent que nous « libérions » le barreau où nous sommes en accédant au barreau supérieur, pour y accéder à leur tour…si jamais nous tardons trop, les occupants (célestes) de l’hélicoptère « s’occuperont de nous », nous rejetant à la mer pour que d’autres plus courageux et surtout moins paresseux que nous aient la chance de s’en tirer…

nous avons mis le pied sur le premier barreau, celui qui correspond à la révélation du « Dieu des philosophes et des Savants » dans le fait de la science mdoerne, de la physique mathématisée née au 17 ème siècle européen; puis nous essayons péniblement de poser le pied sur le second barreau, celui de l’amour universel (pas l’amour sexuel entre homme et femme, qui est de l’ordre pulsionnel et animal, celui du niveau de la mer des instincts où nous avons manqué nous noyer);

nous constatons notre impuissance, l’impossibilité où nous sommes d’aimer véritablement : car nous sommes les êtres… »compliqués », disons le comme cela, qui sommes issus du développement de la civilisation occidentale moderne, sur trois ou quatre siècles.

Dostoïevsky, dans « Le sous-sol », écrit avant la révolution bolchevique mais l’annonçant,  a dit des choses définitives et très justes sur nous : nous ne savons plus ce que c’est que la vie, si l’on nous enlève nos bouquins et nos théories nous sommes complètement perdus… nous ne voulons plus descendre d’un père et d’une mère de chair, nous voudrions « naître directement de l’esprit »… d’une éprouvette, dans un laboratoire, pour parler clairement… mais même cela ne nous suffit pas : à l’image des anciens gnostiques, nous voudrions pouvoir dire : « Je me suis créé moi même »; à l’instar de Plotin nous voudrions pouvoir dire : « ce n’est pas à moi de me courber devant les dieux, c’est à eux de se courber devant Moi ».

Nous sommes les présomptueux, les orgueilleux (pour reprendre le titre d’un film mervelleux avec Gérard Philippe et michèle Morgan), les vaniteux, si vous voulez..car nous sommes vains, vides, nous sommes les « hommes creux » dont parle T S Eliot dans un de es grands poèmes que Francis ford coppola faisait réciter à Marlon Brando dans « Apocalypse now »…

« we are the hollow men we are the stuffed men »

nous possédons beaucoup de savoirs théoriques, mais cela ne nous aide pas beaucoup, bien pire même cela nous enfonce… pour les choses les plus simples de la vie, comme de séduire une femme par exemple, les hommes que nous appelons « primitifs » , venant d’autres civilisations, sont bien plus habiles que nous….et tant mieux d’ailleurs, car nos intentions, concernant l’amour et le sexe, sont impures : nous portons avec nous un malheur et une souffrance infinis, et nous les transmettons aux autres comme une maladie honteuse, une malédiction…

bref : nous sommes complètement foutus…nous ne pouvons pas nous aimer nous mêmes, alors comment pourrions nous aimer les autres ? et d’ailleurs nous sommes plein de mépris envers nos semblables, et d’infatuation ….

bref nous sommes fort peu chrétiens, même pour ceux d’entre nous qui sommes nés « chrétiens » (extérieurement) , et pour ceux d’entre nous qui sommes nés « juifs », c’est la même chose, sous des dehors différents…

nul doute que ce ne soit là qu’il faille chercher la cause du déclin du christianisme en Europe, c’est finalement un signe positif, le signe que les gens n’en peuvent plus de cette hypocrisie ! qu’ils savent obscurément (sans souvent se l’avouer) qu’ils ne sont plus à la hauteur de cette chose extraordinaire qu’est le christianisme, et qui a fait de l’europe ce qu’elle est, à savoir, quand même, la civilisation qui est supérieure à toutes les autres…

et pourtant il nous faut apprendre à aimer , à nous aimer et à aimer les autres, et à aimer Dieu par dessus tout : il le faut, il nous faut passer ce second degré de l’échelle pour accéder ensuite aux échelons supérieurs, car sinon nous retomberons à la mer, tôt ou tard, c’est une certitude, et nous n’aurons pas une seconde fois la chance de voir l’échelle passer à notre portée : nous nous noierons corps et bien, dans la mer du Néant !

et « Dieu » n’y pourra rien : c’est ici que le « Dieu » des croyances vulgaires (pour parler comme Descartes) , le bon Dieu-papa qui pardonne toujours et sur l’épaule duquel nous pouvons aller pleurer, ce « Dieu » se révèle comme une vaine Idole. Dieu n’est pas un être, une « présence » que nous rencontrerions face à face, en restant à notre niveau inférieur, celui de la mer des pulsions.

pour aller à Dieu, nous devons monter, c’est à dire nous quitter nous mêmes (comme êtres naturels, pulsionnels)   pour aller vers nous mêmes (comme êtres spirituels) : tel est le sens de l’émigration d’Abraham dans « Bereshit ».

Oui, il y a d’autres barreaux à l’échelle, au dessus des deux échelons dont nous avons parlé : mais cela ne sert à rien de nous interroger dessus, puisque pour l’instant nous sommes bloqués au second barreau, celui de l’amour, impuissants que nous sommes à aimer…

ces barreaux supérieurs, on en trouve des évocations dans la philosophie, par exemple chez Spinoza quand il parle de la « gloire de Dieu » comme Amour de dieu envers les créatures, ou bien chez Fichte; Brunschvicg ne parle que des deux premiers, mais cela ne veut pas dire qu’il pense que les autres n’existent pas…nous en trouvons aussi des évocations chez certains mystiques, comme Angelus Silesius, Eckhart, ou bien dans l’anthroposophie de Rudolf Steiner, quand il décrit les stades supérieurs de connaissance : connaissance imaginative, intuitive, inspirée.

Quand à l’hélicoptère, c’est ce que Balzac ou Saint Martin appellent  l »Eglise invisible.

C’est le troisième genre de connaissance de Spinoza.

C’est la Wissenschaftlehre (« doctrine de la science ») de Fichte entièrement comprise et réalisée.

C’est l’accès à la cité de Dieu de Saint Augustin.

C’est le « penser spirituel » de Constantin Brunner.

C’est le « Savoir absolu » de Hegel.

C’est le salut qui consiste selon Brunschvicg à « renoncer à la mort », c’est à dire à remplacer totalement l’homme naturel par l’homme spirituel.

C’est le développement infini des trois « étages » supérieurs de l’être humain selon l’anthroposophie de Rudolf Steiner : Manas, buddhi, Atmâ , ou Soi spirituel, Esprit de vie, et Homme Esprit…

Attar, dans le « Langage des oiseaux », en dit : « à partir d’ici, la voie continue, mais il n’y a plus de voyageur »…

Mais que nous sert de parler de cela, bloqués que nous sommes sur le second échelon, dans le froid et la tempête des « pulsions naturelles » impuissants que nous sommes à le franchir ?

tant que nous sommes dans cette situation, nous sommes toujours en grand danger de retomber à la mer, c’est à dire à la « Nature »… là où selon l’image bien connue en Alchimie, le « Vieux Roi » nage , et doit mourir…

 C’est exactement cette (re)chute à la mer que décrit Philippe Jaccottet dans « L’obscurité » …

Un homme , un artiste, un penseur, le « Maître », s’était élevé peu à peu, grâce à son travail spirituel, sur l’échelle de l’Etre, il avait conquis des admirateurs, il avait inspiré des « disciples » qui le considéraient comme leur « Maître » : pour eux, il était inconcevable que cet être admirable chute, pour tomber plus bas même que les humbles ou les médiocres, ceux qui vivent pour survivre, avoir un travail comme gagne-pain, fonder une famille, avoir quelques plaisirs et puis…mourir.

Et pourtant c’est ce qui est arrivé, et c’est ce que Jaccottet décrit dans le récit : l’obscurité.

Car, au fond, la voie spirituelle est d’abord la voie de l’aventure (pour parler comme les romans de chevalerie du moyen Age, qui gagnent à être lus dans la perspective que nous ouvrons ici) , des aventuriers de l’esprit, celle del’extrême danger (comme le dit souvent Nietzsche)…

ceux qui restent à la mer « naturelle » et « pulsionnelle », sans faire l’ effort d’en sortir parce qu’ils n’envisagent même pas l’existence d’un monde spirituel, ou bien qui restent bien au chaud dans leur « communauté religieuse naturelle », celle de leur naissance, bien sûr ils se noient, bien sûr ils meurent , mais finalement ils « risquent » moins que les aventuriers de l’ esprit : ceux qui entreprennent de grimer un à un les barreaux de l’Echelle.

C’est d’ailleurs ce que comprend le « disciple », à la fin du récit de Jaccottet; voici ce qu’il dit :

« Ce sont peut être les légers, les téméraires qui ont raison : je ne dis pas les sûrs d’eux mêmes, mais ceux qui acceptent et courent le risque de se perdre sans espoir de compensation »

Il parle là de ces aventuriers de l’ esprit, ceux aussi dont parle Lachelier quand il explique que la vraie religion se situe toujours en dehors du groupe, même si celui ci s’appelle « religieux » ou « communauté religieuse » ( ou bien « oumma », de nos jours).

Clawdia Chauchat, la femme russe dont Hans Castorptombe éperdument amoureux dans « La montagne magique« , de Thomas Mann, ne dit pas autre chose : « il est plus moral de se perdre soi même que de se conserver ».

Le disciple, dans le récit de Jaccottet, comprend à la fin ce qu’il croit être (et avec justesse, sans doute) les « raisons » de la chute de son Maître : celui ci avait en quelque sorte « triché » avec les difficultés, non pas bien sûr comme on triche au jeu, ou bien dans les affaires, mais inconsciemment, sans le comprendre ni le vouloir: il avait voulu gagner sur tous les plans, conserver sa « belle âme » pure et sans tache , loin des tares médiatiques et de leur médiocrité « massificatrice », mais sans longer le précipice de la solitude et de l’exclusion sociale, ou de très loin : et finalement ce précipice l’a en quelque sorte rattrapé, et il s’y est jeté de lui même, pour ne plus vivre dans l’angoisse d’y tomber en entraînant avec lui ceux qu’il aime…

il a contrevenu à la principale maxime de sagesse évangélique selon Brunschvicg :

« nul ne peut servir deux maîtres à la fois« …

« qui veut sauver son âme la perdra »

« à celui qui a, on donnera; à celui qui n’a pas, on retirera même ce qu’il a »

il a voulu, le Maître,  cueillir la rose sans les épines, les fruits de l’ esprit sans « le sérieux, la patience, la profonde et tragique douleur du négatif », sans l’oeuvre au noir des alchimistes, sans la tragédie du « travail de la négativité » selon Hegel…

nul ne pourra entrer dans la Terre promise d’Israel sans quitter l’Egypte et passer 40 années au désert, dans l’errance solitaire…

le Royaume des cieux appartient aux violents et aux audacieux…

Si nous voulons pratiquer l’Imitation du Christ, il nous faut, comme le Christ, commencer par descendre aux enfers , en vue de l’apothéose qui commence par la connaissance de soi, selon la parole de Hamann citée par Brunschvicg:

 » la connaissance de soi, c’est la descente aux enfers, qui ouvre la voie de l’apothéose « 

seulement attention : les aventuriers de l’esprit, ce n’est pas la même chose que les aventuriers….

le Zen, d’après le sermon dun maître, est comparable à l’art de cambrioler : mais cela ne consiste pas à vivre de cambriolages ..le génie est certes le frère du fou et du criminel, mais s’il devient un fou ou un criminel, cela veut simplement dire qu’il n’a jamais été un génie, seulement une pâle imitation.

Quand Faust, dans le « Second Faust », demande à Satan-Méphistophélès , de lui dire « où s’ouvre le chemin« , pour descendre au Royaume des Mères, celui ci lui répond :

KEIN WEG !

point de chemin !

il te faudra voguer par les solitudes…

le chemin (spirituel) ne conduit nulle part « dans le monde » : il s’ouvre vers l’intérieur, par l’approfondissement du cogito de Descartes, qui a donc indiqué l’entrée pour les hommes de l’avenir, les hommes creux : nous !

Nietzsche dit, quant à lui :

«derrière nous il n’y a plus de route…au dessus de ce chemin est écrit le mot « impossible »…pour y parvenir il te faudra monter par dessus ta propre tête, foulant aux pieds ton propre coeur : comment voudrais tu faire autrement ?»

Pour trouver l’Esprit, il vous faut absolument et totalement renoncer au monde !

pas de demi mesure… « nul ne peut servir deux maîtres à la fois ». Il s’agit de ce qu’on appelle un point : un choix définitif, un engagement, un embranchement sans solution de retour.

Aussi voudrais je vous dire, à vous qui avez bien voulu lire jusque là :

N’ayez pas peur ! n’ayons peur de rien, sauf de la peur!

bien sûr, il est certain que les temps qui viennent ne ressembleront en rien à ceux qui ont précédé, et que cela signifiera sans doute pour nous, pauvres pécheurs, le roulement des  tambours et la salve  du peloton d’exécution.

mais ce n’est peut être pas une si mauvaise nouvelle que cela : après tout, que voulons nous vraiment conserver de ce vieux monde qui s’enfonce sous nos yeux dans le Néant?

« Etre ou ne pas être »… »to be or not to be »  dit Hamlet.

Qui dit aussi, à la fin : « Le reste est silence »

silence de mort, et non Silence du Verbe… »en ma fin mon commencement »

L’émigration d’Abraham passe par l’exil intérieur..je suis toujours aussi bouleversé, comme au premier jour, par la fin du premier livre d’Urizen, de William Blake : nous sommes, nous les hommes creux d’Occident, les fils d’Urizen qui restent :

http://facstaff.uww.edu/hoganj/contents.htm

«And their children wept, & built
Tombs in the desolate places,
And 
form’d laws of prudence, and call’d them
The eternal laws of God
6. And the thirty cities remaind
Surrounded by salt floods, 
now call’d
Africa
its name was then Egypt.
7. The remaining sons of Urizen
Beheld their brethren shrink together
Beneath the 
Net of Urizen;
Perswasion was in vain;
For the ears of the inhabitants,
Were wither’d, & deafen’d, & cold:
And their eyes could not discern,
Their brethren of other cities.
8. So Fuzon call’d all together
The remaining children of Urizen:
And 
they left the pendulous earth:
They called it Egypt, & left it.
9. And the salt ocean rolled englob’d »

Alors Fuzon rassembla ce qui restait des Fils d’Urizen

et ils quittèrent la terre oscillante

Ils l’appelèrent Egypte, et ils la quittèrent

*****************************

« C’est seulement le temps qui m’a détruit » : ainsi parle le Maître au cours de la nuit où il explique à son ancien « disciple » sa chute, dans le récit de Jaccottet « L’obscurité » dont j’ai parlé dans deux précédents articles:

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-prelude_a_l_obscurite-1128011.html

http://www.blogg.org/blog-30140-billet-l_obscur_sujet_du_desir_peut_il_en_etre_l_objet___et_vice_versa_procent-1128436.html

« le temps gagnait comme le feu dans l’herbe…comment se fait il que je n’ai pas cherché une issue ? parce que chercher et ne pas chercher s’équivalait, à mes yeux, depuis que j’avais compris, ou plutôt éprouvé, le pouvoir du temps…tout ce que nous avions dit dans le passé sur la soumission à l’ordre du monde, sur l’acceptation des limites, m’est apparu trop vite dit, cru trop aisément »

au fond, ce qui est dit et éprouvé ici est très simple, et connu de tous : c’est la vieillesse, l’entropie, la mort…le temps gagne toujours.

A tel point que certaines Upanishads en font un Dieu, le Dieu suprême : Kâlâ.

Mais le disciple, lui, refuse d’entrer dans cet ordre de considérations, et il fait bien : car le prodigieux chapitre nous montre cet homme éviter le piège où son Maître est tombé, en partie grâce à ce dernier : on peut lire cette histoire comme le sacrifice suprême du Maître pour indiquer, de manière négative, la route , une dernière fois, à son ami.

« Une des raisons de son effondrement : il parlait d’épreuves, mais comme s’il s’en jugeait victorieux d’avance; ce n’était donc plus des épreuves. Il ne pouvait pas ou ne voulait pas s’imaginer que l’épreuve consisterait justement à ne plus pouvoir être fidèle, à voir l’ancienne plénitude comme entourée d’un mur infranchissable…. n’avait il pas cherché à tout avoir ? la gloire sans les compromis, l’amour sans ses périls, le malheur sans son poison, le visible et l’invisible, le temps et l’extase hors du temps ? »….

Comment le disciple trouve t’il, lui , l’issue ?

bizarrement, en sortant de cette attitude de réflexion et de jugement…en restant modeste et humble : vertus chrétiennes s’il en fût, même si tous deux, le disciple et le Maître, s’étaient détachés de l’ancienne religion:

« Affirmer ce que j’ai affirmé quand j’ai cru avoir compris l’erreur de mon Maître, je ne le puis plus »

« maintenant je me contente de dire que s’il y a une vraie vie, si les reflets que nous en avons vus ne mentent pas, il ne nous est jamais permis de nous en croire les habitants définitifs. On ne peut ni se taire ni parler sans se corriger perpétuellement. il y a une chose que nous éprouvons le besoin irrépressible de dire, et que nous devons taire en même temps. C’est pourquoi notre tâche ne peut cesser qu’à notre mort »

en d’autres termes : la sortie et la libération de la caverne de Platon n’est jamais définitive..

Et sa description du « salut » est illuminatrice, de par sa modestie même , sa mesure :

« j’ai cru un instant, comme mon maître, que parvenu au milieu de ma vie, loin d’en avoir atteint la cime, c’était la mort que j’avais rencontrée: l’amertume, l’horreur, la privation d’amour, le reniement de la jeunesse..

maintenant j’ai changé . Que quelque chose dans le monde, dans tout ce que je vois, fais ou subis, en n’obéissant plus qu’aux règles et aux circonstances communes, se dérobe à ma prise, que Dieu se taise, comme on dit, ou soit mort, ou définitivement étranger, loin de priver le monde de son feu, me semble plutôt le lui rendre : une espèce de promesse qui ne promettrait rien, de lampe qu’il serait vain de vouloir tenir dans sa main, d’appel auquel on ne peut pas répondre, du moins pas directement »

Au fond, qu’est ce qui le sauve , lui évite de connaître le funeste destin de son maître ?

la rencontre d’une limite absolument infranchissable ! alors que pour le maître tout était, ou devait être, passage, seuil..

nous trouvons ici une autre limite, qui s’adresse directement à nous : celle d’un certain idéalisme philosophique absolu, auquel nous étions bien prêt de céder..

Cette limite infranchissable, elle est la marque de Dieu même, de l’Infini…

ce qui veut dire pour nous : peut être Descartes, et Malebranche, doivent ils prédominer, dans notre parcours philosophique, sur Spinoza ? à creuser…

Les lignes merveilleuses ci dessus m’évoquent un poème de Paul Celan :

« Nouvelle autorisation de décollage

chant de la roue de proue avec couronne.

Le gouvernail crépusculaire répond,

ta veine arrachée au sommeil se dénoue,

ce que tu es encore, se couche en travers,

tu gagnes de l’altitude »

…et

« Je peux encore te voir : un écho,

palpable avec des mots

tactiles, à l’arête

de l’adieu.

Ton visage s’effarouche doucement,

quand soudain fait une clarté de lampe

en moi, à l’endroit

où l’on dit le plus douloureusement Jamais. »

Cette lampe, celle de l’hermite du Tarot que j’ai jugé utile de faire figurer ici, il est vain de vouloir la tenir dans sa main, car c’est celle du lâcher prise : mais sa clarté n’en illumine que d’autant plus « sous condition » de la limite infranchissable qui s’énonce dans le mot « Jamais« .

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